H y p e r s e x u a l i s a t i o n



Imaginez un monde où les filles et les femmes ne passent pas des heures à se maquiller et à se coiffer. Un monde où les femmes sont appréciées pour ce qu'elles disent et ce qu'elles font, et non pour leur apparence physique. Un monde où, au lieu de consacrer du temps aux looks, elles canaliseront leur énergie pour résoudre des vraies problèmes tels que les droits humains, la violence sexuelle, l'homophobie, la pauvreté et la faim...
Pourtant, nous existons dans un champ culturel qui diffuse une image objectivée des femmes comme quelque chose de traditionnel, d'habituel et de normal. En raison de l'omniprésence de cette pratique, l'hypersexualisation est souvent négligée et ne fait pas l'objet d'une réflexion critique.
Dès l'enfance, on apprend aux femmes à penser que leur épanouissement personnel se limite aux domaines dans lesquels il est utile et souhaitable pour les hommes. Savoir cuisiner, s'acquitter volontiers des tâches ménagères, toujours préférer la famille à la carrière, être belle, - tel est l'exemple donné par les magazines "pour femmes", les talk-shows et les films.




Lorsqu'un enfant est objectivé, il est plus facile de le remarquer : par exemple, la nécessité de maquiller une femme est depuis longtemps devenue un sujet non discutable, une question résolue, alors qu'un enfant maquillé, dans des vêtements inconfortables, suscite la controverse. Les conséquences de la vision d'une personne comme un objet dépourvu de traits de personnalité et de créativité sont plus évidentes dans ce cas.
Il convient toutefois de noter que l'objectivation des femmes et des filles adultes est étroitement liée. Elle est le résultat du même cadre de référence, qui affirme la perception de l'être humain comme un objet purement corporel en raison de l'appartenance de l'individu au sexe féminin. Lorsque nous parlons de l'objectivation des femmes, nous parlons de la pratique du mariage précoce, de l'excision rituelle et de l'éducation spécifique des filles qui vise à former en elles un ensemble d'idées sur leurs possibilités uniquement dans le rôle de la femme d'un autre : la sœur, la maîtresse, l'épouse ou la mère d'un autre.
La lutte pour le droit d'être, d'agir et de choisir est la manière dont nous pouvons définir le développement de l'histoire des femmes. Et si, au Moyen-âge, les mariages avec des filles de 11 à 13 ans étaient considérés comme la norme, en Europe et aux États-Unis, au milieu du XXe siècle, une telle chose était heureusement devenue impensable. Ou presque impensable (car dans certains pays, le problème des mariages avec des filles mineures est encore d'actualité).
La révolution sexuelle, dans laquelle les féministes de la deuxième vague ont joué un rôle majeur, a eu des conséquences paradoxales : la compréhension élargie et approfondie de la sexualité est devenue le terrain de nombreuses spéculations. La jouissance par les femmes d'un certain degré de liberté sexuelle s'est accompagnée d'une adaptation de celle-ci à un monde de valeurs patriarcales où le plaisir masculin était primordial. Souvent, une femme ne pouvait s'épanouir que si elle acceptait les règles du jeu des hommes : vous êtes une femme, et donc vous êtes sexy et disponible. Et il n'y avait (et il n'y a plus ?) aucun seuil d'âge clairement défini au-delà duquel une femme serait protégée de l'attention portée à son corps en tant qu'objet sexuel.
Dans The Beauty Myth, Naomi Wolf souligne que "l'idéal de beauté féminine est de plus en plus sexualisé, et les filles de plus en plus jeunes ressentent le besoin de s'y conformer ."
Plus une personne est harmonieusement développée, plus sa qualité de vie est élevée, plus elle bénéficie de soutien. Mais l'hypersexualisation ne "nourrit" que la sexualité et l'attrait extérieur. Les enfants se voient à travers les yeux de leur environnement immédiat, ils ne sont pas libres dans leur perception d'eux-mêmes. L'évaluation externe devient une auto-évaluation. Il a été prouvé expérimentalement que l'estime de soi des adolescentes est nettement inférieure à celle de leurs pairs, car elle est principalement basée sur l'apparence, et la perception de soi n'est pratiquement pas liée aux performances du corps, mais est corrélée à son attractivité. Et cette dépendance est conditionnée par les rôles de genre.
En misant sur la jeunesse et la beauté, nous prenons un grand risque : la jeunesse passe, la beauté est une notion subjective, et un déficit de contenu intérieur ne rendra guère son propriétaire heureux. Une fille qui a été perçue comme un objet sexuel, qui a soutenu en elle une telle perception d'elle-même, sera condamnée soit à lutter contre cette dévalorisation totale d'elle-même en tant que sujet à part entière, soit à se "conformer" pour préserver son intégrité psychique.






